Postface
Ce livre relève de l’écriture interdite.
Il y a un an, on m’offrit la possibilité de réaliser un film de cinéma. Comme je dus travailler dur pour m’y préparer, apprendre à maîtriser le langage de l’image, du cadre, du son, du découpage, je fus empêché d’écrire. Ensuite, à la veille du premier tour de manivelle, on me tendit un contrat qui m’interdisait le ski et tout sport violent ; lorsque je le paraphai, on me fit comprendre qu’il serait préférable aussi que je n’écrive pas, bien que, de toute façon, je n’en aurais pas le temps.
C’était trop me provoquer.
Pendant le tournage et le montage, j’ai donc profité de mes rares heures inoccupées pour m’isoler de mon équipe et rédiger sur les bords de table, le matin au petit-déjeuner, le soir dans les chambres d’hôtel, ces nouvelles que j’avais en tête depuis longtemps. J’éprouvais de nouveau le bonheur d’une écriture clandestine, celle de l’adolescence : noircir des pages retrouvait le goût des plaisirs suspects.
D’ordinaire, des nouvelles donnent lieu à des films. Ici, ce fut l’inverse. Non seulement mon film m’a permis de composer des nouvelles, mais lorsqu’il fut terminé, histoire de prendre une fois encore le contre-pied, je décidai d’adapter le scénario original en une nouvelle.
Le film s’appelle Odette Toulemonde, la nouvelle aussi. Cependant, quiconque s’intéressant au cinéma et à la littérature et prenant connaissance des deux formes en notera surtout les différences, tant j’ai cherché à conter la même histoire en deux langages, utilisant des moyens inégaux, les mots ici, les images animées sur l’écran.
15 août 2006.